DIFFÉRENCIATION SEXUELLE/SEXUÉE

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in De Mijolla, A, (Coord.), Dictionnaire International de la Psychanalyse, Paris, Calmann-Lévy, Vol. 1, 459-46O, 2OO2

 

On appelle différenciation sexuelle ou sexuée l’ensemble de mouvements psychiques permettant au sujet d’accéder à la reconnaissance de la différence des sexes. A la base de cette différenciation se trouvent le complexe d’Œdipe et le complexe de castration.

C’est en 1908(« Les théories sexuelles infantiles » in La vie sexuelle) que Freud présente, pour la première fois, la constitution du complexe de castration centré sur le fantasme de castration et étroitement lié au pulsionnel. A partir de ce complexe, dont la trame est la « théorie sexuelle infantile », l’enfant accédera à la différenciation sexuée. Freud précise, dans ce même texte, qu’avant que la problématique de la castration s’impose à l’enfant, celui-ci est à même d’opérer, à partir des « signes les plus extérieurs », une distinction [de genre] entre homme et femme, l’enfant se rangeant, de lui-même, du côté des garçons ou des filles. Distinction, qui ne relève pas du pulsionnel et ne prend pas en compte l’organe génital. Ce n’est que lors du « primat du phallus »(« L’organisation génitale infantile » in La vie sexuelle, 1923) que l’organe génital sera pris en compte en l’espèce, pour les deux sexes, de la possession de l’organe mâle: c’est ce qui ouvre, dès lors, à la problématique de la castration. Par ailleurs, c’est à travers les identifications au père et à la mère de la période œdipienne, que l’enfant acquerra les repères symboliques du masculin et du féminin, dont la dynamique ne s’achèvera qu’à l’adolescence. C’est à cette époque que la réalité matérielle pénis-vagin devra remplacer la « réalité » phallique-châtré.

En séparant pénis et phallus et en optant pour la castration symbolique, opération à travers laquelle le sujet se constitue, Lacan donne une toute autre interprétation au complexe de castration, ce dernier devenant dépendant de la logique phallique. Si la sexualité humaine est d’emblée subvertie par le langage et si « la fonction imaginaire du phallus parachève dans les deux sexes la mise en question du sexe par le complexe de castration,(« D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose ») » saisir ce qui peut différencier les sexes devient problématique. Lacan a alors recours à ses formules de sexuation(« Le savoir du psychanalyste » in Ecrits, 1966) – terme emprunté à la biologie – pour montrer les modes d’inscription du sujet dans la fonction phallique. Celle-ci désigne la façon dont, dans l’inconscient, les deux sexes se reconnaissent et se différencient.

Puisque Freud reconnaît que sa description ne concerne que le garçon, et que pour Lacan la relation au phallus « s’établit sans égard à la différence anatomique des sexes » (« La signification du phallus » in Ecrits, 1966), on est amené à constater que la théorie psychanalytique sur ce qui différencie les sexes, et en particulier sur ce qu’est une femme, reste encore très lacunaire.

Finalement, on se doit de souligner que la différenciation sexuelle/sexuée, qui permettra au sujet de se rapporter à son propre sexe anatomique et de se positionner comme homme ou femme, ouvre à des interrogations majeures en psychanalyse, la problématique de l’identification/identité n’étant pas la moins importante.

Bibliographie :

Freud Sigmund, (1908), « Les théories sexuelles infantiles », in La vie sexuelle, trad. fr. J.B. Pontalis, coll. « Bibliothèque de Psychanalyse », dir. par J. Laplanche, Paris, PUF, 1985, p. 14-27.

FREUD, S., (1923) « L’organisation génitale infantile », in La vie sexuelle, trad. fr. J. Laplanche, coll. « Bibliothèque de Psychanalyse », dir. par J. Laplanche, Paris, P.U.F., 1985, p. 113-116.

3 – LACAN, J., « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », in Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 531-583.

4 – La formulation théorique de Lacan à ce propos, est dispersée dans plusieurs textes y compris ceux restés inédits. C’est peut-être dans le séminaire Le savoir du Psychanalyste (inédit) que l’on trouve les références les plus importantes à ce propos.

5 – Lacan, Jacques, « La signification du Phallus », in Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 685-695.


Paulo Roberto Ceccarelli*

Email: pr@ceccarelli.psc.br

*Psychologue; psychanalyste, Docteur en Psychopathologie Fondamentale et Psychanalyse diplômé de l’Université Paris VII; Membre praticien de la Société de Psychanalyse Freudienne; Membre de l’Association Universitaire de Recherche en Psychopathologie Fondamentale; Membre du « Círculo Psicanalítico de Minas Gerais »; Professeur de l’Université Catholique du Minas Gerais, Belo Horizonte, Brésil (PUC-MG). Enseignent invité à l ‘UBO.


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